Si c'est votre première visite, avez vous pensé à lire à vos enfants le Prologue ?



Noel_2Depuis quelques semaines, il se passe des choses étranges à la maison. Maman a rapporté de la cave des cartons énormes qui chaque jour dévoilent des trésors tous plus magnifiques les uns que les autres.


Ce sont d’abord les quatre grosses bougies qu’elle a posé au centre de la table et qu’elle a décoré avec des branches composées de drôles de boules rouges et des petites feuilles biscornues. Le bambin s’est piqué les doigts en essayant d’en attraper une : « Attention Corentin, c’est du houx mon petit chat, c’est une jolie plante mais il ne faut pas la toucher ». Puis, maman a sorti du carton une belle boîte en bois pleine de petits objets emballés dans du coton et du papier de soie : « C’est la crèche mon bébé, c’est très fragile et précieux, tu peux la regarder mais n’essaie pas d’attraper les personnages, ils pourraient tomber et se casser. »

Noël ! Noël ! Noël ! Séraphin est en joie depuis quelques jours et comme tous les anges gardiens, il se prépare à fêter l’arrivée du divin enfant. Le petit ange sait bien que lors de la Sainte Nuit il devra chanter de tout son cœur à la gloire de Notre Seigneur. Ce sera la première fois alors il s’entraîne en grand secret pendant que Corentin dort. Assis sur les barreaux du lit de son petit protégé, il répète les paroles des chants de la messe de Noël. Comme tous les anges, Séraphin a une voix pure comme le cristal et son Gloria s’envole à des kilomètres au delà des étoiles, au delà même du ciel. Certes, les oreilles de Corentin ne l’entendent pas mais l’âme du bambin, elle, perçoit cette belle mélodie qui le berce et lui procure de beaux et doux rêves.

 

Aujourd’hui après la messe, Papa, Maman et Corentin sont allés choisir le sapin de Noël. Le petit garçon se sent tout petit au milieu de tous ces arbres qui lui semblent immenses. Il serre très fort la main de Maman pendant que Papa discute avec le fleuriste. « Tu vas voir, mon chéri, dit-elle au bambin, nous allons en prendre un qui va toucher le plafond ! » Quand Corentin se réveille de sa sieste, le sapin est là et, en effet, il touche le plafond du salon. L’enfant s’en approche lentement, tout intimidé. « Viens, mon bonhomme » lui dit Papa, « n’aies pas peur, je viens de le fixer et maintenant tu vas aider Maman à le décorer ».

 

Depuis que l’arbre est installé, Séraphin n’en quitte pas le sommet ; il a trouvé là un poste d’observation idéal pour suivre les faits et gestes de son petit protégé. Assis au milieu du tapis, Corentin, lui, observe maman qui déballe le dernier carton : celui des décorations de Noël. « Comme elles sont belles toutes ces guirlandes dorées, comme elles brillent ! » « Oh et ces boules de toutes les couleurs, comme j’aimerais jouer avec !» se dit le petit garçon en essayant de tout attraper. Maman a bien compris que Corentin rêve d’avoir toutes ces jolies choses entre les mains. « Viens, tu vas m’aider » lui dit-elle en souriant et elle lui donne un petit ange aux ailes dorées à placer sur une branche basse de l’arbre.

 

Séraphin aussi est très intrigué par tous ces beaux objets cachés dans le carton de Maman. Le petit ange n’a jamais encore connu de Noël terrestre car l'an dernier Corentin était si petit qu’il était resté à le veiller dans son couffin. Mais cette année, c’est différent et, comme le bambin, l’angelot aussi découvre la magie de Noël sur terre. Il va de surprises en surprises et s'amuse beaucoup à sauter de boules en boules au milieu des branches du sapin. L’ange doré accroché par Corentin l'attire tout particulièrement mais Séraphin trouve décidément que ses ailes sont beaucoup moins belles que les siennes ! 

 

« Regarde Corentin, c'est magique » dit maman en éteignant la lumière. Et tout à coup, dans l'obscurité, le sapin se met à briller de mille feux, puis à clignoter, en vert, en rouge, en bleu. Sous le regard attendri de Maman, le petit garçon écarquille les yeux et bat des mains en poussant des petits cris de joie. De son côté Séraphin s'amuse en voyant ses ailes prendre tous les reflets de la guirlande et devenir tout à tour bleues, rouges et vertes. Comme toutes les ailes d'ange, celles de Séraphin capturent la lumière et la renvoient de façon encore plus brillante pour la plus grande joie de l'angelot qui vient de le découvrir. Il volète dans le salon, s'accrochant un instant au lustre, se perchant quelques secondes sur la poignée de la fenêtre pour enfin reprendre son souffle au sommet du sapin.

 

Corentin est seul dans le salon ; papa s’est absenté un instant pour aider maman à installer une guirlande au dessus du grand miroir de l’entrée. Assis en tailleur sur le tapis, le petit garçon ne bouge pas ; il est captivé par le sapin qui clignote de toutes les couleurs. Quant à Séraphin, épuisé d’avoir ainsi voleté durant toute l’après midi, il se repose assis sur l’étoile dorée accrochée au sommet de l’arbre. Décidément toutes ces lumières intriguent beaucoup  le bambin qui se lève et, tout doucement, s’approche du sapin. De petits pas en petits pas, Corentin est maintenant arrivé à son but et cherche à attraper la boule dorée qu’il convoite depuis que maman l’a accrochée tout à l’heure.

 

Voyant Corentin s’approcher ainsi, Séraphin quitte son poste d’observation. L’ange a bien compris que la curiosité du petit enfant lui fait courir un grand danger. Perché sur la pointe de ses petits pieds le bambin tend le bras pour attraper la boule dorée mais elle est encore trop haute. Dépité, Corentin s’assied au pied du sapin et suce son pouce en se demandant ce qu’il pourrait bien faire maintenant. Séraphin pousse un soupir de soulagement en voyant le bébé renoncer à attraper la boule. C’est aussi le moment que maman choisit pour passer une tête dans le salon : « comme tu es sage mon bébé ! Je reviens dans une toute petite minute. »

 

 

Mais ce moment de calme n’est que de courte durée. En effet, le petit bonhomme s’est remis debout et ce n’est plus la boule qu’il regarde mais la guirlande électrique. Le bébé attrape l’une des ampoules de la guirlande et s’amuse de la voir s’allumer puis s’éteindre dans sa petite main potelée. Plus le visage de Corentin s’illumine de joie, plus celui de Séraphin s’éteint marqué par la peur. Le garçonnet attrape alors l’ampoule suivante, puis il tire un peu sur le fil de la guirlande pour en attraper une autre et encore une. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il parvienne au bout de la guirlande. Il s’arrête un instant et se demande pourquoi le fil disparaît dans le mur. Séraphin est pétrifié, cherchant comment sauver Corentin. 

 

Le petit garçon est à nouveau debout ; il tient dans chaque main un bout de la guirlande et tire sur les deux en même temps. A la gauche du bambin, le sapin chancèle tandis qu’à sa droite la prise électrique est en train de se tordre dangereusement. Dans le couloir Papa et Maman ne se doutent de rien ; une fois la guirlande posée sur le miroir, ils revissent maintenant une ampoule du lustre. 

 

Corentin tire une nouvelle fois sur la guirlande et brutalement un éclair jaillit du mur. Séraphin ne réfléchit plus à ce qu’il doit faire. Il se jète sur le fil électrique et tout son corps absorbe la décharge. Nul ne peut le voir mais l’ange, quoique secoué par le choc, se met à scintiller de toutes les couleurs. La maison, elle, est complètement plongée dans l’obscurité. Le bambin, déséquilibré, est tombé sur ses petites fesses. Il hurle de peur et Maman se précipite ; elle cherche à tâtons son bébé. Papa arrive à son tour dans le salon avec une lampe de poche. Corentin est assis à côté de la prise électrique, il est en larme mais sans autre blessure qu’une petite griffure sur la joue. C’est Grosmatou qui l’a griffé en s’enfuyant terrorisé par l’arc électrique.

Papa est pensif. Il se gratte les cheveux et se demande ce qu’il a bien pu se passer. Il se dit qu’il a du provoquer un court circuit en revissant l’ampoule. Quant à maman, elle gronde Grosmatou, persuadée que Corentin pleure car le chat lui a éraflé la figure. Il n’y a que Séraphin qui connaisse la vérité mais le petit ange est aussi le gardien des secrets !

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